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  • : Angelo Curatolo
  • leschroniquesludiques
  • : Homme
  • : Marié/Pacsé/Union libre
  • : 21/10/1970
  • : Bruxelles Uccle rue Vanderkindere236
  • : Gentil zozo,passionné de Jeux de Société et de Jazz. Tenancier des "Chroniques Ludiques".

Texte Libre

85 m² de malin plaisir pour tous les goûts et toutes les bourses. Venez découvrir chez nous de quoi vraiment entraîner et entretenir votre cerveau, ou bien simplement de quoi vous éclater en famille ou entre amis.
Les soirées jeux se déroulent deux samedis par mois à partir de 18h30, les dates sont consultables sur cette page. Entrée 2 euros - Réservation souhaitée par téléphone : 02.345.52.41 ou par mail :

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Vendredi 29 février 2008

  Ce mercredi 28 février il m’est arrivé une chose véritablement extraordinaire.
Je me suis rendu, comme la plupart des matins, sur les lieux de ma future boutique, histoire de tenter de faire avancer les choses, malgré l’extrême lenteur des administrations et de certains entrepreneurs ; sans commentaires.
C’est alors que j’ai décidé, sur une impulsion, de m’arrêter un moment de monter des étagères bon marché dans les caves, pour aller me présenter et prendre la température, auprès d’une boutique « gnangnan », comme je les appelle, spécialisée en articles pour petits monstres, située à une petite centaine de mètres de chez moi ; une boutique du nom de « Graine de Soleil ».
Mes intentions étaient de rassurer la tenancière, que j’avais déjà entraperçue à travers la vitrine quelque temps auparavant, lors d’une opération exploration-espionnage du quartier.  Mon idée était de lui faire bien comprendre que j’allais me positionner de façon radicalement opposée à la sienne, que moi, les petits enfants, je les croquais au petit déjeuner, que d’ailleurs j’en avais déjà trois collés à mes basques et que je n’avais pas l’intention de me laisser envahir par cette engeance dans ma boutique, non mais sans blague.

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J'entre donc, je me présente donc, je m’exprime donc sur mon projet comme je vous l’ai expliqué, mais dans un style un peu moins trash, et tout se passe plutôt bien, cette jeune femme  se montre très sympathique et fort compréhensive, mais surtout franche sur ses ambitions, ce que j’apprécie presque aussi grandement que son charme.
Puis vint le moment où elle se rend sur le site de ma boutique dont je viens de lui donner l’adresse. Et là quelque chose se passe, mon prénom l’interpelle, ma tronche même semble lui dire quelque chose, ce à quoi je lui réponds qu’elle est peut-être tombée un jour par hasard sur un de mes comptes-rendus de parties sur le net.  Ce n’est pas ça, m’affirme-t-elle, puis ça dérape, elle m’interroge. Mon père est-il restaurateur ? Oui… Est-ce que j’habite la commune bruxelloise d’Auderghem ? Non, mais c’est effectivement la commune de mon enfance et adolescence. Je ne l’ai jamais vue avant cette jeune femme là, j’en suis sûr, je ne comprends rien du tout. Elle continue, ma femme n’est-elle pas roumaine ? Non, polonaise.  La petite musique de la quatrième dimension commence à résonner dans mon esprit, je me dis que ça y est, c’est aujourd’hui que je vais finir en camisole ; c’est ma crainte principale, qu’un jour l’on se rende compte que je suis fou et que l’on m'enferme.
Elle me rappelle à l’ordre, ne bougez surtout pas, m’ordonne-t'elle, je reviens, ne bougez pas !
Elle disparaît quelques instants dans l’arrière-boutique et appelle quelqu’un qui est occupé dans la cave.
Elle revient et me ramène mon ami.
« Gaëtan »

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Mon ami.
Avec qui j’ai vécu des instants d’une intensité mystique durant mon adolescence et mes débuts dans la vie d’adulte.  Nous sommes restés un moment comme deux ronds de flan, j’ai dû m’asseoir sur un tabouret que m’a tendu prestement la compagne de Gaëtan, Marie-Anne, et ai essuyé de chaudes larmes de bonheur.
Cela faisait un nombre considérable d’années que la vie nous avait séparés, mais je ne l’avais jamais oublié, j’ai toujours pensé à lui et je ne m’en suis jamais fait pour lui ; je n’ai jamais cherché à retrouver sa trace, j’ai toujours su que nous allions un jour ou l’autre nous retrouver.  Ce n’est pas du baratin, c’est simplement la vérité, je ne suis ni croyant, ni superstitieux, mais c’est comme ça.
Mais comment Marie-Anne m’a-t-elle reconnu ? Vu qu’on ne se connaissait pas…
Et bien elle m’avait simplement vu lors du visionnage d’une cassette vidéo de mon mariage que Gaëtan possède encore; si je ne me trompe pas, c’est d’ailleurs lui qui a dû la tourner ; comme quoi je n’ai pas changé, tiens, après plus de douze ans.

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Par contre, jamais je n’aurais imaginé le croiser dans une telle circonstance, au milieu d’une boutique de jeux et jouets pour enfants, que sa compagne et lui ont reprise depuis neuf mois.  Gaëtan et moi sommes des personnages qui n’avons jamais su nous fondre avec aisance dans un quelconque moule offert par la société, et peut-être y a-t-il finalement une logique dans nos parcours, qui nous ont fait choisir de devenir indépendants ; m’enfin de là à se retrouver dans le même secteur d’activité, et qui plus est proche l’un de l’autre, c’était tout de même sacrément improbable.
Et le plus marrant dans tout ça, c’est qu’ils projettent de développer la partie jeux de société pour adultes de leur boutique, histoire de ne plus uniquement gagner ignoblement leur vie sur le dos d’enfants innocents ; nous nous retrouvons donc potentiellement franchement concurrents.

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Seulement ils ne se sentent pas encore tout à fais prêts, ils manquent d’expérience dans ce domaine.
Et vous savez quoi, j’ai décidé de les aider de toutes mes forces dans la réalisation de ce projet.
Je suis fou, inconscient, suicidaire, pas commerçant, très mauvais commerçant, naïf, faible d’esprit ?
Non.
Je n’ai jamais aimé la facilité et rien n’a jamais été facile pour moi.
Aujourd’hui j’approche doucement de la moitié du chemin, le temps passe et les œufs durent, je n’ai plus peur de grand-chose, et j’ai décidé de changer la vie.
Et comme le dit le chanteur Renaud dans une de ses chansons, si je ne peux pas alors je dis halte à tout.

Par Angelo Curatolo
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